7 à 10% de la fortune des plus riches consacrés à la philanthropie en 2006

D’après le Rapport mondial sur la fortune de 2007, où un cahier spécial a été consacré à la philanthropie, 11% des individus les plus riches de la planète ont consacré plus de 7% de leur fortune à des fins philanthropiques, la part grimpant à 10% parmi les plus grandes fortunes. Concrètement, cela a représenté 285 milliards d’euros en 2006. Soit l’équivalent du chiffre d’affaires de la British Petroleum en 2007, ou du PIB du Venezuela en 2010.

Selon Virginie Seghers, auteur de La nouvelle philanthropie (ré)invente-t-elle un capitalisme solidaire ? (2009), la philanthropie se définit comme l’amitié pour le genre humain et se traduit par un acte désintéressé, c’est-à-dire dénué d’une volonté de profit.

Une forte tradition philanthropique existe dans les pays anglo-saxons, où la morale protestante incite à redistribuer la richesse acquise. Les investissements privés se sont imposés dans les domaines qui relèvent au contraire de l’Etat providence dans les pays latins : le third sector, qui comprend l’éducation, la santé, la politique sociale et l’environnement. Dans le système où l’Etat se charge de l’intérêt général, la solidarité se fait par l’impôt. Dans l’autre système, les plus fortunés ont l’habitude d’investir une partie de leurs revenus dans des causes qui leur tiennent à cœur.

Les difficultés financières et économiques actuellement vécues par les pays ayant adopté le système de l’Etat providence conduisent ceux-ci à s’inspirer de plus en plus du modèle anglo-saxon, encourageant le développement d’une philanthropie encore timide mais en pleine expansion.

A ce titre, la France s’est récemment dotée d’un dispositif juridique et fiscal très favorable à la philanthropie (loi Aigaillon,2003), l’un des plus incitatifs d’Europe. Ainsi, pour l’année 2006, en se basant sur les déclarations de revenus des individus, le montant des dons déclarés s’élevait à 1,535 milliards d’euros. Ce chiffre peut être réévalué à 2 voire 3 milliards si l’on compte les dons non déclarés. Et pour 2008, l’Association pour le développement du mécénat industriel et commercial (Admical) a estimé que la philanthropie individuelle et le mécénat d’entreprise s’élevaient à 2,5 milliards, soit 0,25% du PIB français.

Face à cette ouverture à la philanthropie en France, la Fabrique Spinoza réalise actuellement une étude sur le lien entre richesse, bien-être et philanthropie. En effet, selon une étude de Lara Aknin de 2010, la manière dont les individus dépensent leur argent est aussi importante pour leur bonheur que combien ils gagnent. Cette chercheuse de la Bristish Columbia University fait référence à Robert Frank (2004) qui pense que l’argent peut améliorer le bien-être à condition qu’il soit dépensé avec sagesse. Ainsi, s’il a été démontré que la richesse a un faible impact sur le bonheur, l’engagement dans un comportement altruiste pourrait au contraire augmenter le bien-être du donateur.

Lara Aknin émet l’hypothèse qu’utiliser son argent à des fins altruistes plutôt que pour soi susciterait un plus haut niveau de bonheur. L’une des expériences menées pour tester cette hypothèse montre que les sondés pensent en général que l’utilisation de l’argent pour soi leur apportera un plus grand niveau de bonheur que son utilisation pour faire des cadeaux ou des dons.

Mais lorsque la question est orientée vers leur dernière expérience d’utilisation de l’argent pour soi ou pour les autres, il apparait que les bienfaits émotionnels du don altruiste persistent au-delà des heures qui suivent le don et se remanifestent au souvenir de ce don, alors que le don “égoiste” ne procure qu’une brève satisfaction sans effets sur le long terme ou de prolongation par le souvenir. Il semblerait donc que les dépenses pour soi procurent un bonheur immédiat mais éphémère, alors que les dépenses altruistes ont des effets moins perceptibles en terme de bonheur mais qui persistent dans le temps.

Lire l’étude de Lara Aknin