Enseignements principaux : 

–          Sur la qualité de l’Etat : La qualité institutionnelle d’un pays contribue au bonheur des citoyens.

La qualité institutionelle se base sur deux éléments:

Ø     la qualité technique

Ø     la qualité démocratique

 

A elles deux, elles permettent l’augmentation du bonheur des citoyens.

–  La qualité technique des institutions est la condition de la démocratie.

– Un moyen consensuel d’atteindre l’objectif utilitariste du bonheur pour le plus grand nombre est de travailler à la bonne gouvernance

 

 

 

De 3,2 pour le Togo à 8,0 pour le Danemark , le bonheur moyen[1] diffère fortement entre les pays. Comment expliquer ces différences ? De toute évidence, les institutions d’un pays ont un rôle clé pour expliquer le bonheur des habitants. Mais plutôt que de s’interroger sur ce que devraient faire les gouvernements (quelles politiques mettre en œuvre), Jan C. Ott s’interroge dans cet article sur la manière dont ils devraient fonctionner. Autrement dit, la qualité des institutions d’un pays influe-t-elle sur le bonheur des habitants ?

 

La notion de qualité institutionnelle comprend plusieurs aspects que l’on peut regrouper en deux catégories : la « qualité démocratique » (participation des citoyens, liberté d’expression, stabilité politique…) et la « qualité technique » (qualité des services publics, exécution des contrats, importance de la corruption…) Partant d’une perspective utilitariste selon laquelle les gouvernements doivent avoir pour objectif de rechercher le plus grand bonheur pour le plus grand nombre, Jan C. Ott de l’Université Erasme de Rotterdam a comparé les données de 127 pays. Le chercheur trouve une corrélation positive forte entre la qualité des institutions d’un pays et le bonheur moyen de ses citoyens. Les corrélations sont valables pour les deux catégories de qualité institutionnelle identifiées par l’auteur : la qualité technique (0,75) et la qualité démocratique (0,6).

 

Deux autres chercheurs, Helliwell et Huang (2008), avaient déjà trouvé une corrélation linéaire forte entre qualité du gouvernement et bonheur. Ils étaient également parvenus à déterminer que les facteurs démocratiques ne deviennent importants pour le bonheur qu’une fois que les institutions ont atteint un niveau raisonnable de qualité technique. L’étude de Jan C. Ott confirme qu’il existe bien un lien robuste entre la gouvernance d’un pays et le bonheur. En outre, les aspects techniques et démocratiques de la gouvernance ne jouent pas un rôle équivalent pour le bonheur des citoyens, la qualité technique étant plus importante que les aspects démocratiques.

 

L’étude de Ott montre en effet qu’un seuil minimal de compétence des institutions est nécessaire pour qu’il puisse y avoir une corrélation avec le bonheur des citoyens. Mais ce seuil est plus élevé pour la qualité démocratique que pour la qualité technique : la qualité technique est un préalable à la démocratie en matière de bonheur. Pour l’expliquer, l’auteur propose une métaphore automobile : la qualité technique est en quelque sorte le moteur des gouvernements tandis que la démocratie en est le mécanisme de direction. Il faut d’abord que le moteur se mette en route pour que la voiture du bonheur démarre mais c’est bien avec l’aide de la direction que les résultats sont les meilleurs.

 

Une autre question que l’on peut se poser est celle de l’universalité de la relation : la corrélation entre bonne gouvernance et bonheur est-elle uniquement valable pour les sociétés occidentales ou pour les pays développés? Non répond l’auteur après étude des corrélations de groupes de pays de différents régions du monde : la corrélation est indépendante à la fois de la culture et de la richesse du pays concerné. La richesse d’un pays joue pourtant un rôle : la corrélation entre bonheur et qualité démocratique n’est substantielle que pour les pays riches. Pour les pays pauvres, c’est la qualité technique qui est décisive.

 

Pour finir, on peut s’interroger sur l’existence ou non d’une relation de causalité. Il y a en effet trois explications possibles pour la corrélation positive entre qualité des institutions et bonheur :

 

– soit les deux variables sont en réalité dépendantes d’une troisième variable (confiance, richesse…), ce qui signifierait qu’il n’y a pas de relation causale entre les deux. Mais cela n’épuise pas la corrélation.

 

– soit le bonheur entraîne une meilleure qualité des institutions, par exemple parce que des citoyens heureux sont plus à même de favoriser des investissements dans des biens publics (Lyubomirsky et al, 2005). Mais à nouveau, une partie de la corrélation entre bonheur et qualité institutionnelle demeure inexpliquée.

 

– au total, la qualité des institutions semble bien contribuer au bonheur moyen des citoyens que ce soit par des effets directs ou indirects (éducation de qualité, sécurité, liberté individuelle…)

 

Les qualités à la fois techniques et démocratiques des institutions d’un pays sont cruciales pour le bonheur des habitants. Mais la qualité technique semble primordiale pour les pays pauvres. Ce résultat est intéressant car il nous indique une façon consensuelle d’accroître le bonheur moyen d’un pays. En effet, améliorer la qualité technique d’un gouvernement est un objectif largement partagé, plus encore que celui de la démocratie ou qu’un objectif de taille du secteur public dont la corrélation avec le bonheur est négligeable. Investir dans la qualité d’un gouvernement est ainsi une manière à la fois efficace et consensuelle d’atteindre l’objectif utilitariste du plus grand bonheur pour le plus grand nombre.

 

Ouvertures :  

–         Cette recherche confirme le présupposé idéologique que la démocratie est le cadre institutionnel optimal pour le bien-être citoyen

–         Cette étude constitue un encouragement à en améliorer la qualité technique et participative

–         Elle pose en revanche la question des leviers : quels sont les facteurs les plus impactant ? Démocratie locale ? Directe ? Quelle forme de liberté d’expression cultiver ?

–         Enfin, comme questionnement plus ambigu, on pourrait s’interroger sur la “quantité” d’Etat : l’augmentation du périmètre d’action de l’Etat est-il un facteur de bonheur pour le plus grand nombre? Faut-il un interventionnisme plus poussé, selon l’exemple des pays scandinaves?

 

 

Lire l’article en entier.

http://repub.eur.nl/res/pub/16280/fulltext%5B1%5D.pdf

 


[1] évalué sur une échelle de 0 à 10 à l’aide de questionnaires élaborés selon la méthode de Cantril (1965)