Spinoza développe un eudémonisme, une éthique de la joie où le Bonheur de l’homme résulte de l’expression de son essence, c’est-à-dire de son désir. Son désir induit de la joie pourvu qu’il soit un homme libre et autonome, c’est-à-dire exerçant son esprit (doué de Raison). Les affects de l’Homme sont des événements du corps et de l’esprit, qui sont indissociables. Ces affects sont positifs lorsqu’ils résultent de causes adéquates, c’est-à-dire conformes à la nature du sujet, dont il est une cause suffisante. L’homme augmente son autonomie en apprenant à identifier les causes réelles déterminant ses affects. L’amour est l’affect central à la source de tous les autres affects (avec la haine) et est source fréquente de joie. L’homme heureux de Spinoza exerce la réciprocité et recherche le bonheur pour les autres autant que pour lui-même.

Quelques concepts clés de la pensée de Spinoza :

Un Homme qui est Désir en essence
« L’essence même de l’Homme est le désir d’être heureux, de bien vivre, de bien agir ».
L’Homme est désir, et conscience. Il cherche, par son effort (conatus) à persévérer dans son être. Il déploie son désir d’accroitre sa puissance. Il poursuit la Joie, définie comme le passage d’un état de moindre perfection à un état de plus grande perfection ou plus grande puissance.

Un corps et un esprit indissociables
L’Homme est corps et esprit, indissociables. L’esprit est l’idée du corps, c’est-à-dire qu’il est la conscience du corps. Sa conscience est d’abord conscience de son corps. Le corps, quant à lui, est l’objet de l’idée de l’Esprit. Pour Spinoza, il n’y a pas dualisme mais monisme, via cette relation décrite entre corps et esprit.

La recherche des affects adéquats
Les affects sont les affections du corps – c’est-à-dire les changements ou événements du corps – et simultanément la conscience de ces affections. Les affects sont donc à la fois un événement du corps et de l’esprit. Il faut distinguer les affects qui sont conformes à notre nature, de cause adéquate, c’est-à-dire dont nous sommes une cause suffisante et active, des autres. Les passions sont les parties passives des affects. Les passions sont source de souffrance et d’aliénation, puisque causées par des causes inadéquates ou par l’imagination. Les affects adéquats sont sources de joie et expriment notre véritable nature.

La Connaissance adéquate comme source de libération
Pour Spinoza, il n’y a pas de volonté et le seul moyen d’éviter les passions est la connaissance adéquate. C’est elle, qui par l’exercice de la Raison, permet d’éviter les passions. La Raison n’est pas une entité extérieure à l’Esprit ou une entité particulière mais l’exercice même de cet esprit. La connaissance adéquate est celle qui permet de discerner les véritables causes des affects, et donc d’identifier l’égarement produit par l’imagination. La plus haute forme de connaissance est l’amour intellectuel de Dieu (entendu comme Nature), qui est la compréhension intellectuelle des liens entre les attributs et les modes de ces attributs. Cette connaissance confirme l’appartenance profonde et l’interconnexion de l’homme avec la Nature.

L’Amour source de joie
L’Amour est au centre de l’éthique du bonheur comme source fréquente de joie. L’Amour est l’un des 3 affects primitifs avec la Haine et le Désir. De ces affects découlent tous les autres, y compris les passions. Les 3 ressorts utilisés par l’imagination pour produire des passions à partir de ces affects sont l’identification (par similarité, attribuer à un autre la cause d’un affect), la réversion (je n’aime pas qui n’aime pas qui j’aime) et la réciprocité (la recherche de l’affect miroir chez l’autre). Ces mécanismes psychologiques, sources de confusion, génèrent toute la gamme des autres affects. Toutefois l’imagination est aussi une activité et une vertu en tant qu’elle permet au Désir de se déployer (de manière erronée souvent) en projetant les sources potentielles de joie.

Liberté
L’homme se considère libre parce qu’il est conscient de ses affects, alors qu’il reste aliéné, ne connaissant pas bien leurs causes. La seule libération possible est celle par l’autonomie de la Joie, c’est-à-dire par la compréhension, via la Raison, des causes adéquates de sa Joie.